Sur le chemin… du zéro-déchet

par Laetitia

En permaculture, côté jardin, un déchet est tout simplement une ressource encore inexploitée. Ce principe me guide depuis maintenant 4 ans – déjà !, c’est sûrement pour cette raison que lorsque l’on m’a offert le livre Zéro Déchet de Béa Johnson (encore merci Thomas 🙂 ), ses conseils m’ont tout de suite paru évidents.

Car si la préservation de la nature est très souvent ma première motivation dans toutes les évolutions de notre quotidien, j’apprécie aussi énormément d’optimiser les systèmes qui nous entourent, en tendant vers la simplification, le minimalisme, voire un brin de fainéantisme : autant conserver notre énergie et notre temps pour des activités génératrices de bien-vivre, non ?
Passer à la déchetterie tous les six mois et vider les poubelles toutes les semaines n’étant définitivement pas notre passe-temps préféré, diminuer voire supprimer certains de nos déchets est vite devenu naturel.

Toutefois, nous considérons que nous sommes « sur le chemin de » : nous n’appliquons pas à la lettre les préceptes du livre, nous pouvons encore aller plus loin et nous avons déjà mis en œuvre d’autres solutions qui nous semblaient pertinentes à notre échelle et dans notre quotidien. En voici quelques exemples.

Faire les courses

La meilleure manière de supprimer les déchets, c’est de les refuser dès la première étape : à l’achat (ou à l’obtention en cas de don). C’est pourquoi nous achetons le plus possible en vrac. Nous conditionnons les fruits et légumes dans une cagette ou un carton. Pas de sacs en plastique ni en papier kraft.

À la pesée, nous collons les étiquettes recto-verso et les présentons ainsi à la caisse.

Si nous devons acheter des produits secs en vrac, conditionnés dans un sac en papier kraft, nous conservons les sacs pour les réutiliser de différentes manières : petit sac à compost, papier cadeau, emballage pour les gâteaux, poubelle de randonnée…

Ce que nous pouvons améliorer :

  • Réutiliser systématiquement la même cagette jusqu’à sa belle mort (du petit bois pour allumer le feu)
  • Apporter nos propres contenants en magasin pour éviter davantage les emballages inutiles

Cuisiner

Nous cuisinons toutes les parties ou presque de nos légumes et de nos fruits. Par exemple :

  • quignon / partie centrale des choux : nous les coupons en petits morceaux et nous les faisons sauter à la poêle ou nous les cuisons dans un bouillon de légumes pour en faire un potage.
  • fanes et feuilles des radis, radis noirs, carottes : quand les légumes sont jeunes et les parties tendres, nous les mangeons en salade sous forme de mesclun ou nous en faisons un pesto, quand ils sont moins tendres, nous les passons dans la soupe.
  • peaux de gingembre et écorces de citron/orange : nous les faisons sécher pour les utiliser en infusion.
  • épluchures de rhubarbe : nous les faisons cuire avec de l’eau et un peu de sucre et nous consommons ce thé une fois refroidi. C’est très désaltérant et très bon !

Nous brossons nos légumes ce qui nous permet de les consommer entièrement, peau comprise.

Quand nous faisons tremper des légumineuses ou des pâtes ou que nous lavons la salade, nous versons l’eau utilisée dans un arrosoir pour l’utiliser avec les plantes d’intérieur.

Nous avons une boite à pain sec qui se remplit régulièrement avec lequel nous faisons le plus souvent des croûtons pour les soupes et les salades : c’est hyper simple à faire et tellement bon !

Nous réutilisons les bocaux en verre pour notre production de compotes et confitures, tandis que les bouteilles refermables sont utilisées pour contenir nos vins de sureau, de bourgeons d’épicéa et de noix.

Ce que nous pouvons améliorer :

  • Faire notre propre bouillon de légume avec les parties les moins « nobles » (dans un déshydrateur solaire ou tout simplement séchées à l’air libre)
  • Tester la cuisson douce en marmite norvégienne (yaourts, mijotés de légumes, etc.)

Faire la vaisselle

Pour limiter l’achat d’éponges jetables, nous avons investi dans une petite brosse en poil végétal pour enlever les plus gros morceaux.

Nous avons installé un panier dans la bonde de l’évier (comme dans tous les lavabos de la maison), pour que les déchets des plats ne bloquent pas la tuyauterie. Nous la vidons régulièrement dans le bac à compost.

Nous utilisons cette méthode toute simple pour nettoyer nos bouteilles sales : de l’eau, du riz et de l’huile de coude !

Ce que nous pouvons améliorer :


Faire le ménage et laver le linge

Lorsque nous avons besoin de produits ménagers (chose assez rare), nous nous référons à ce livret pour les fabriquer nous-même. Grosso-modo, nous utilisons 3 produits de base : vinaigre blanc, bicarbonate de soude et savon noir.

Pour le ménage rapide du sol, nous alternons entre le coup de balai et l’aspirateur. Quand le sac de l’aspirateur est plein, nous le vidons dans le composteur par le petit trou et nous le réutilisons ainsi sans fin !

Après l’essai de plusieurs lessives, aux noix de lavage (le Népal, pas vraiment local !), avec des copeaux de savon de Marseille (composition parfois douteuse) et au lierre, nous détenons enfin la lessive ultime ! Nous produisons pas mal de cendre chaque hiver et nous ne savons jamais quoi en faire (le sol de notre jardin n’a pas besoin de potasse). Ce fil de forum m’a motivée pour la réutiliser une fois tamisée pour laver notre linge, directement dans le tambour dans un petit sac en tissu.

Ce que nous pouvons améliorer :

  • Avoir une maison moins grande pour passer moins de temps dans le ménage 😉

Beauté, santé & petit coin

Nous utilisons un seul savon pour nous laver (corps et cheveux) et nous en sommes vraiment très contents, d’autant plus qu’il est fabriqué artisanalement par une savonnière de la région. Pas de shampoing, ni d’après-shampoing, ni de gel douche, etc.

Dès que les beaux jours reviennent et que la chaleur se fait sentir, nous plaçons un arrosoir dans la douche pour récupérer l’eau en début de chauffe pour ensuite la reverser dans les récupérateurs d’eau extérieurs. En période de sécheresse, cela nous permet d’avoir toujours de l’eau à disposition pour arroser les semis et les plantes du jardin.

Les bondes de la douche et du lavabo sont équipées d’une grille, elles sont vidées régulièrement dans le petit sac à compost de la pièce.

Dans ce dernier, nous y jetons également nos coupures d’ongle, les cheveux du peigne, les mouchoirs et les cotons-tiges (100% papier/carton).

Nous expérimentons depuis quelques jours un dentifrice 100% maison : de l’argile verte, quelques gouttes d’huile essentielle de citron et c’est tout !

Alex utilise aussi l’argile verte pour se faire des cataplasmes sur les parties douloureuses après une sortie musclée.

Nous avons adopté les toilettes sèches depuis quatre mois et c’est un succès 🙂 Nous produisons désormais notre propre compost !

Ce que nous pouvons améliorer :

  • Remplacer les derniers produits de « beauté » par des équivalents faits-maison : déodorant au bicarbonate de soude, et puis c’est tout ?
  • Remplacer le peu de médicaments que nous utilisons par des équivalents naturels : traitement des migraines, calmer les brûlures du soleil
  • Nous passer complètement de cotons-tiges
  • Remplacer les tampons par une cup voire même passer au flux instinctif libre
  • Déménager et mettre en place le traitement des eaux grises et noires par phytoépuration 😉

Dans le dressing

En déménageant il y a bientôt trois ans, nous avons emmené un paquet de vêtements de « transition » : vêtements pour les rendez-vous d’affaire, vêtements dédiés aux soirées costumées ou aux séances photo, vieilles fringues pour le travail en charpente, affaires diverses collectionnées au fil des ans… Il y a six mois, nous avons fait le point sur notre garde-robe et nos besoins actuels : nous avons rempli un sac poubelle de 100 litres de vêtements et de tissus que nous n’avions pas utilisé depuis plus d’un an. Nous avons tout donné au Relais.

De manière générale, nous achetons peu de vêtements neufs car nous n’en avons tout simplement pas besoin 🙂 (sauf quelques exceptions pour le sport étant donné l’usure plus rapide du matériel…). Nous avons encore une armoire et une partie du dressing bien remplis, un nouveau tri sera sans doute fait d’ici 6 mois pour ne garder que les plus belles pièces et les plus saines et/ou durables.

Avec le recul, nous nous sommes rendus compte que certaines de nos pièces avaient presque 10 ans ! D’autres nous ont été donnée d’occasion et sont sans doute encore plus vieilles…
Et parce qu’il sait que la provenance et les matériaux comptent beaucoup pour moi, pour remplacer un autre vêtement vieillissant et en matière synthétique, Alex m’a offert à mon dernier anniversaire un vêtement technique en laine de mérinos que je compte bien garder 10 ans.

Quand un habit ou un linge arrive vraiment en fin de vie, nous le mettons de côté pour le réutiliser de différentes manières :

  • les draps font de bons chiffons,
  • les tee-shirts se transforment en jeux pour Nova ou en sacs,
  • les chaussettes deviennent des élastique à cheveux,
  • etc.

Ce que nous pouvons améliorer :

  • Fabriquer nos mouchoirs en tissu avec les chutes de tissu ou les vieux tee-shirts

Au bureau

Nous conservons systématiquement les feuilles imprimées seulement en recto, y compris les documents reçus par la Poste, pour imprimer sur le verso.

Nous utilisons les enveloppes de la société Pocheco, qui sont faites à partir de papier recyclé dans une entreprise française qui s’engage sur les questions d’environnement et de relations sociales.

Ce que nous pouvons améliorer :

  • Nous espérons conserver encore quelques années nos ordinateurs portables (le mien a déjà 3 ans, celui d’Alex 5 ans) et ne pas succomber aux sirènes folles de la technologie. Idem pour les téléphones et autres gadgets électroniques.

Dans le jardin

Comme je l’écrivais en introduction, le jardin a été le premier endroit où la notion de déchet a disparu au profit du terme « ressource ». Voici quelques exemples de réutilisations :

Lorsque nous tondons l’herbe du jardin (une fois par mois maximum), je répands l’herbe récoltée sur les zones cultivées pour apporter un paillis bénéfique à l’écosystème du sol.

Les rouleaux de papier toilette font de parfaits pots à semis.

Les enveloppes qui me sont souvent jointes aux courriers dans le cadre des réabonnements sont précieusement conservées pour faire des pochettes à graines.

Les quelques cartons en papier recyclé que nous conservons sont minutieusement épluchés des restes de colles et autres étiquettes, et servent chaque année à couvrir le sol de certaines zones du jardin pour aider à étouffer les plantes.

Les voisins nous confient parfois les tontes de leur jardin, je les incorpore au compost des toilettes sèches afin d’équilibrer l’apport en azote.

Les restes d’ardoises brisées font de parfaites bordurettes de massifs.

Quand il m’arrive de couper quelques branches mortes sur nos arbres, plutôt que de les brûler, je les garde précieusement dans un coin dédié du jardin pour qu’elles hébergent la faune auxiliaire.


Voyages & travail

Alex emporte tous les midis son petit repas maison conditionné dans une gamelle en inox.

Chaque fois que je me déplace, je prends un petit kit pour manger : une serviette en tissu, une cuillère à soupe, un couteau, une paire de baguettes en bois, une gourde et une gamelle. Cela me permet de refuser tous les emballages et accessoires générateurs de déchets dans la restauration rapide (et cela fait sourire mes collègues 😉 ).
Je peux aussi repartir du restaurant avec la fin de mon plat sans me rendre malade pour autant.

Je pars également avec une petite savonnette qui me rappelle la maison 🙂

Dans le train, si je n’ai pas de poubelle de tri disponible près de moi, je conserve mes déchets jusqu’à la prochaine benne.

Ce que nous pouvons améliorer :

  • Refuser les emballages des produits en boulangerie en prenant le temps de prévenir le personnel avant qu’il ne saisisse un emballage
  • Emporter du dentifrice maison dans un petit pot

Pendant le sport

Nous prenons parfois le temps de cuisiner nos gâteaux énergétiques, qui sont très faciles à préparer et particulièrement adaptés pour les trails et les randonnées. Cela ne nous empêche quand même pas d’avoir la flemme de le faire et de nous rabattre sur les biscuits disponibles en magasin…

Nous emballons nos gâteaux dans les sacs en kraft issus de nos courses.

Nous préparons systématiquement notre propre boisson, un mélange d’eau, de jus de fruit et de sirop d’agave.

Quand l’effort le nécessite, à la place des gels du commerce, Alex prend une dose de sirop d’agave dans une flasque réutilisable.

Lorsque nous partons en randonnée à la journée, nous préparons une gamelle pour le midi souvent composée de riz semi-complet, de lentilles, d’avocat et de graines de tournesol, tout cela assaisonné d’huile d’olive, de vinaigre de cidre et de tamari. Un régal !

Nous ne laissons aucun déchet dans la nature (même le papier toilette) et nous ramassons les déchets des autres (mais pas le papier toilette, faut pas déconner non plus).

Ce que nous pouvons améliorer :

  • Préparer nos gâteaux plus souvent, peut-être même à l’avance car ils se conserveront plusieurs jours et nous en avons toujours besoin dans la semaine…

Bien sûr, cela nous a pris plusieurs mois, voire plusieurs années pour effectuer cette transition, mais à la lumière de cette longue liste de « petits riens du tout », je me dis que cela vaut vraiment la peine de nous poser ces 5 questions de manière systématique et consciente :

En avons-nous vraiment besoin ?
Pouvons-nous répondre à notre besoin avec quelque chose que nous possédons déjà ?
Est-ce que cela répond à nos critères environnementaux et sociétaux ?
Comment nous le procurer d’occasion ?
Comment nous le procurer sans générer de déchets ?

3 pensées sur “Sur le chemin… du zéro-déchet

  1. Merci, c’est hyper intéressant ce genre d’article – bilan de pratique, ça permet aux néophytes d’identifier facilement ce dans quoi ils pourraient se lancer !
    (et moi du coup le flux instinctif libre c’est un non absolu. Déjà que j’ai flingué je ne sais combien de vêtements avec mes règles en mode film d’horreur…)

    • C’est vrai que ce n’est pas forcément évident, et comme pendant toute transition, il va falloir composer avec une période « entre » mais je suis assez confiante 🙂 je vais essayer de faire ça au calme chez moi pour ne pas démultiplier les raisons de stress. Ça n’empêche pas de porter une protection au début « au cas où ».

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