Flux.

On m’avait brossé un joli portrait de mon futur hypothétique : en suivant la voie de la raison et des offres d’emploi, j’aurai eu l’opportunité de réussir ma vie, très certainement. Cela sous-entendait prendre l’allée rectiligne des études scientifiques, où des anges enrubannés m’auraient ouvert les portes, successivement, des études à rallonge, d’un travail « enrichissant », d’un ou deux crédits pour faire plaisir à mon banquier à la société, e tutti quanti.

Ce n’est pas la faute aux sciences, j’ai toujours apprécié les cerveaux spatiaux et le champs des possibles quantiques – sans aucun doute grâce à ma marraine-fée Scully. Mais que voulez vous : quand on me montre une belle avenue bordée de platanes, sous lesquels s’amusent des enfants en trottinette, tandis que les parents zieutent leurs reflets dans les vitrines de Noël, j’ai juste envie d’envoyer valser votre carte postale et de filer en forêt pour suivre une sente sinueuse.

Faisant fi des trajectoires bien définies, j’ai risqué l’approche dilettante en multipliant les expériences. En essayant de respecter mon pur plaisir, aurai-je créé une nuée de savoirs et de compétences cosmopolites autour de moi ?
J’ai bien du mal à me présenter en deux mots aux nouvelles personnes que je croise, alors je me concentre sur ce que je fais, en ce moment.
Les variations d’hier sont le terreau de mes aujourd’huis : agilité, permaculture, open-source, local, journal, faire, forêt, charpente, initiatives, montagne, rencontres, sauvage, lune, fumée, pouce, cheval, blues, chemins, et cætera.

Cette nuée mute, cette nuée est en mouvement. Elle se déplace tandis que je marche mais elle me guide également en me proposant d’innombrables itinéraires (éternelle kinésphère).
Sous mes pas et à chaque rencontre, je libère des graines qui germeront tôt ou tard et peupleront ma forêt des possibles.

Presque six mois après avoir arrêté de nourrir l’ogre de la réussite, je le sais, ce fut une bonne décision car je suis dans la zone – ce lieu mixte où se côtoient rêve et réalité et où tout semble couler de source.

Voyons voir où le flux m’emmènera, voyons voir où j’orienterai le flux.

 

En écoutant May All Your Post Rock Dreams Come True de Woodsplitter

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